Brendan Monroe

Publié le 22 Juin 2009

Brendan Monroe est né et a grandi en Californie du Sud et a étudié au Art Center College of Design. Sa peinture figurative met en scène une nature inquiétante et mélancolique, trame organique d’une issue que l’on pressent  funeste. Ses œuvres foisonnantes viennent souvent s’échouer aux frontières de l’expressionnisme abstrait et laissent deviner une réflexion très subtile sur la peinture.

A picture you can't see

Environ 150 ans séparent « Blush From Side to Side » de Brendan Monroe de l’Ophélie (1851-52) de l’artiste anglais John Everet Millais.
À l’évidence pourtant les deux peintures traitent d’un même sujet :
Une jeune femme vouée à disparaître se laisse emporter par un flot inquiétant.

Entre la première et la seconde peinture, l’air industriel, deux conflits mondiaux, l’émergence des avant-gardes et une remise en question profonde des modes de représentations. 150 ans d’histoire de l’art mouvementés dont quelques fragments épars semblent émerger discrètement de l’horizon tendu entre ces deux œuvres, à l’image de plaques tectoniques qui tantôt s’éloignent ou s’entrechoquent.

A picture you can't see

Considérons maintenant l’Ophélie de Millais, comme une frêle embarcation qui aurait traversé cette tempête pour en ressortir sous la forme de la peinture de Monroe. On se dit alors que l’essentiel a résisté. Chez Monroe, la même naïveté des sentiments, la même mélancolie, le tout sertie dans une nature mystérieuse voir mystique. Sauf que chez Monroe la nature s’est concentrée dans un flot  suspendu, par endroit anthropomorphique. Un fleuve abstrait qui vient figurer que le destin de la jeune fille est de se muer lentement en boue.

Le traitement de la boue me fait penser à la série des « Brushstroke » de Roy Lichtenstein dans lesquels la spontanéité d’un jet de peinture sur la toile est transcrit par un travail minutieux et appliqué. La peinture, en tant que matière, est figée dans sa représentation iconographique. Dans un processus inverse,  l’œuvre de Monroe  glisse doucement d’une forme de peinture libre et abstraite à une représentation figurative d’éléments imaginaires. Je clos là cet article déjà trop long pour le web, et si vous avez été assez motivé pour le lire jusque là je vous encourage vivement à poursuivre par une visite sur le site de Brendan Monroe.